
Oui ça doit être l'heure...
Après 9 mois bien au chaud à flotter tranquillement, à manger quand je le voulais, à dormir si j'en avais envie, à écraser les côtes de ma mère et faire ressortir mes (petites) fesses sur son ventre, et bien ça y est...Ça doit être l'heure...
Alors oui,
ok, mais l'heure de quoi?
Ce qui m'a mis la puce à l'oreille c'est le fait que je me retrouve la tête à l'envers, les fesses en haut et les jambes pliées tout en sentant que l'on me repoussait vers le bas.... Et alors là, tout est allé très vite !
Une voix déjà, ou plutôt un son lointain. Pas ce son qui m'a bercé durant neuf mois, doux et tendre ; Non plutôt une sorte de cri. Et plus
ça allait plus je l'entendais clairement.
Ça faisait un peu comme
ca : "Allez Madame, allez faut pousser là, encore, encore, encore,
ooouiiii c'est bien !!
Vooooiillllàààààà !!!!"
Et plus je l'entendais, plus je me sentais avancer. "Oui
allez-y !! Poussez plus fort !!". Bah moi je veux bien, mais je pousse quoi?? Faut dire que ma chambre était petite tout de même. Alors oui j'aurais pu pousser les murs pour l'agrandir, mais après neuf mois de tentatives je me doutais bien que
ça ne servait rien de recommencer maintenant.
Et là, tout d'un coup et
après une vingtaine de "
allez-y Madame..." je me retrouve la tête dehors, au froid avec une lumière aveuglante dans les yeux ! C'est
ça le tunnel avec la
lumière au bout dont tout le monde parle??
A peine remise de mon aveuglement glacial que je crois discerner au loin une femme orange qui décide de me tirer par la tête ! Heureusement que j'avais prévu le coup et que je suis plutôt du genre extensible... Bah oui mais faut savoir que l'on m'a fait passer dans un petit trou beaucoup moins gros que ma tête ! c'était digne d'une épreuve de Fort Boyard ! Me manquait plus qu'un vieux Monsieur pour me poser une énigme et me refiler une clef !
En tout cas, non contente de me tirer par la tête que je sens s'allonger tel un crâne
d'Alien (de l'épisode 2,
ca tient à cœur à mon père...), elle commence à me tordre les épaules en hurlant des "
allez-y je le vois !". Moi aussi je te vois et je ne hurle pas...
Au bout de ce qui me semble durer, approximativement, le temps dont à besoin ma mère pour faire démarrer sa R5, c'est à dire trop longtemps, je me retrouve nue, à la vue de tous, et rattachée à ma chambre par un fil !! En 2010 et même pas capable d'être sans fil...
Sur ce, je tourne la tête à droite et je vois la femme orange qui sourit en me regardant. Je tourne la tête à gauche et je vois un type mal rasé avec peu de cheveux (pire que moi !! si si c'est vrai !) qui est à moitié en train de pleurer. Je dois être mal coiffée, j'ai une feuille de salade sur la gencive (je n'ai pas encore trouvé mes dents !), je suis moche?!?! Je décide plutôt de regarder face à moi : une femme avec des lunettes, le visage calme et tendre et qui tend des immenses bras vers moi. Et la femme en orange qui décide de me pousser vers la dame aux longs bras !!
Help !
Bon bah en fait, pas
help. Je me retrouve allongée sur une femme toute chaude de gentillesse et de tendresse. Et en prime on me donne un petit morceau de je-ne-sais-quoi dans la bouche qui m'emplit rapidement de bonheur. Et comme par magie je tète... Je crois que j'étais encore plus en extase que Brian
Joubert réussissant un triple
axel aux jeux olympiques ! Enfin la belle vie...
Pas trop la belle vie, non... A peine la bouche pleine du liquide chaud venant de ma mère (bah oui au bout de dix "je suis ta maman" et "là il y a papa", j'ai compris qui était qui !), que la dame orange revient et m'enlève à cette douceur. Je me retrouve à devoir marcher, regarder partout, écouter... Elle me "nettoie"... Moi je dirais plutôt torture ! BAh oui, c'est pas comme si j'avais à peine 6minutes de vie ?!!
A un moment, que je discerne plus tellement, je lu

i criais de me laisser tranquille, "Ouiiiinnn ouinnn reouinnnn", elle me pose sur qqchose qui à l'air de plaire à mon père. Il sourit et marmonne :"3k325!". Enfin, si ca lui fait plaisir... On notera que la balance n'indique pas la même chose...
Je crois que ma réelle frayeur vient de la dame orange (encore elle!) qui me montre une matraque géante en fer en souriant sadiquement ! Je ferme les yeux de peur, je sens du froid contre mon dos, mon talon et le haut de mon crane. "53cm, elle est grande" dit-elle. J'ouvre un œil, puis deux, je me prépare à hurler mon indignation quand je me retrouve d'un seul coup d'un seul avec le je-ne-sais-quoi une nouvelle fois dans ma bouche. Je crois que c'est à ce moment là que je suis partie dans un monde plus doux et plus accueillant, celui de mes rêves. Ici il n'y a pas de dame en orange qui hurle, pas de froid, pas de chatouille, pas de grosse lumière. Juste du je-ne-sais-quoi dans la bouche, des caresses sur mon dos et de douces voix apaisantes.